Le Togo confirme ses avancées dans la lutte contre le VIH. Les résultats issus de la revue du Plan Stratégique National 2023-2026 montrent qu’avec un leadership coordonné et des investissements ciblés, notre pays progresse vers l’objectif d’élimination du sida comme menace de santé publique d’ici 2030. Les résultats de la lutte contre le VIH au Togo ont été présentés et étudiés au cours d’une revue à mi-parcours du Plan Stratégique National (PSN) VIH 2023-2026. Un exercice crucial pour mesurer les progrès accomplis et identifier les axes d’amélioration.
Trois jours de passage en revue des données
À l’initiative du Secrétariat Permanent du Conseil national de lutte contre le sida et les infections sexuellement transmissibles (SP/CNLS-IST), du 13 au 15 avril 2026, les acteurs nationaux de la lutte contre le VIH se sont retrouvés afin d’évaluer les performances enregistrées durant les deux premières années de mise en œuvre du Plan Stratégique National (PSN) 2023-2026. Cette rencontre marque une étape décisive pour consolider les acquis et préparer le prochain cycle stratégique de la riposte nationale au VIH.

Intervenant à l’ouverture des travaux, Dr Akouavi Maboudou, Conseillère en informations stratégiques à l’ONUSIDA, a salué les progrès réalisés par le pays. « Le Togo fait partie des pays les plus performants de la sous-région. Les indicateurs sont au-dessus de la moyenne, mais il reste encore beaucoup à faire, notamment dans la prise en charge pédiatrique et la réduction des inégalités. » a t-elle martelé. Cette déclaration confirme la crédibilité des efforts menés par les autorités togolaises, les partenaires techniques et financiers, ainsi que les acteurs communautaires. Dr Maboudou a également présenté les grandes orientations de la nouvelle stratégie mondiale 2026-2031, articulée autour de trois axes majeurs. Selon elle, « Il s’agit d’éliminer le sida comme problème de santé publique d’ici 2030, en réduisant les nouvelles infections, les décès et les inégalités d’accès aux soins. »

Pour le Prof. Vincent PITCHE, coordonnateur national du secrétariat Permanent du CNLS-IST, cette revue à mi-parcours est indispensable pour ajuster les actions futures. « L’objectif est de voir les progrès réalisés, les forces et les faiblesses, afin de bâtir un nouveau plan stratégique pour 2027-2030. ». Cette démarche permettra d’orienter les investissements vers les interventions à fort impact, d’améliorer la performance des programmes et de renforcer l’adhésion des décideurs nationaux.
Au-delà de l’exercice technique, cet atelier constitue un signal fort de leadership institutionnel. Il démontre la volonté du Togo de maintenir le VIH au rang des priorités sanitaires nationales, tout en alignant sa stratégie sur les standards internationaux.
Une dynamique positive confirmée par les chiffres
La prévalence nationale du VIH est estimée à 1,6 % en 2025, contre 2,5 % en 2014. Cette baisse de près de 36 % traduit une amélioration réelle de la prévention, du dépistage et de l’accès aux soins. Elle démontre que la riposte nationale produit des résultats mesurables lorsqu’elle est soutenue dans la durée.

Entre 2010 et 2024, le Togo a également enregistré une réduction de plus de 60 % des nouvelles infections et des décès liés au sida. Cette double tendance est stratégique : elle signifie non seulement que moins de personnes contractent le VIH, mais aussi que davantage de personnes vivant avec le VIH accèdent à un traitement efficace et vivent plus longtemps.
Des performances proches des standards internationaux
Le pays se rapproche des objectifs mondiaux 95-95-95 fixés par l’ONUSIDA :
- 93 % des personnes vivant avec le VIH connaissent leur statut ;
- 99 % des personnes diagnostiquées sont sous traitement ;
- 92 % des personnes sous traitement ont une charge virale supprimée.
Ces chiffres montrent que le Togo dispose d’un système de prise en charge performant. Le défi n’est plus seulement d’obtenir de bons résultats globaux, mais de corriger les poches de retard qui empêchent l’atteinte complète des cibles.
Des disparités persistantes à corriger
Malgré les progrès, certaines inégalités demeurent. La prévalence chez les femmes atteint 2,2 %, contre 1 % chez les hommes. Cette différence de plus du double rappelle que les vulnérabilités sociales, économiques et biologiques continuent d’exposer davantage les femmes. Chez certaines populations clés, les taux restent largement supérieurs à la moyenne nationale :
- 8,7 % chez les HSH ;
- 5,8 % chez les professionnelles du sexe ;
- 3,4 % chez les usagers de drogues ;
- 3,5 % en milieu carcéral.
Ces écarts montrent que la moyenne nationale peut masquer des foyers de vulnérabilité. Une stratégie uniforme serait inefficace : la riposte doit rester ciblée et différenciée.
Les résultats chez les adultes sont encourageants, mais les enfants restent en retard. Seulement 67 % des enfants de moins de 14 ans connaissent leur statut sérologique, alors que la couverture en traitement atteint 93 % chez les adultes contre 71 % chez les enfants.
Cette tendance est préoccupante : elle signifie que des enfants vivant avec le VIH échappent encore au dépistage ou accèdent trop tardivement au traitement. Sans correction rapide, cet écart compromettra les objectifs nationaux de 2030.
Transmission mère-enfant : progrès incomplets
L’accès aux ARV chez les femmes enceintes avoisine 90 %, ce qui constitue une avancée majeure. Toutefois, le taux final de transmission mère-enfant reste élevé à 11,3 % en 2025, au-dessus des standards attendus pour l’élimination. Autrement dit, l’entrée dans le système fonctionne mieux, mais la continuité du suivi mère-enfant jusqu’au terme du processus reste insuffisante.
Une fragilité financière à surveiller
Le taux de mobilisation des ressources a fortement fluctué :
- 95 % en 2023
- 59 % en 2024
- 63 % en 2025
Cette baisse brutale puis cette reprise partielle envoient un signal clair : les acquis sanitaires peuvent être fragilisés par l’instabilité financière. Une riposte performante sans financement prévisible reste vulnérable.
Par ailleurs, le financement extérieur représente encore 80 à 85 % des ressources mobilisées. Cela signifie que la souveraineté sanitaire passe désormais par une montée en puissance du financement national.
Il est temps pour un engagement décisif des décideurs
Le prochain cycle stratégique représente une opportunité historique. Chaque investissement public additionnel aujourd’hui peut éviter des coûts bien plus élevés demain : nouvelles infections, hospitalisations, perte de productivité, vulnérabilité sociale. Un engagement renforcé permettrait de :
- intégrer durablement la prise en charge du VIH dans l’Assurance Maladie Universelle ;
- intensifier la prévention chez les jeunes et les populations clés ;
- combler le retard pédiatrique ;
- renforcer les systèmes de données ;
- soutenir les interventions communautaires à fort impact.
Construire ensemble une génération sans sida
Sous l’autorité des plus hautes instances de l’État, le Secrétariat Permanent du CNLS-IST poursuit sa mission de coordination multisectorielle afin de garantir une riposte efficace, inclusive et durable. Les résultats enregistrés démontrent qu’une gouvernance cohérente produit des impacts concrets. Le Togo dispose aujourd’hui des acquis, de l’expertise et des leviers nécessaires pour franchir une nouvelle étape. Les chiffres sont encourageants, mais ils appellent maintenant des décisions fortes.
L’ambition d’une génération sans sida d’ici 2030 est réaliste ; à condition d’agir maintenant, avec constance, vision et investissement national durable.










